Viticulture biologique
La viticulture biologique au Luxembourg
La viticulture biologique au Luxembourg a débuté en 1995 dans le « Canecher Wéngertsbierg » par l’organisation « Hëllef fir d’Natur ». En 2001, le premier viticulteur à plein temps a fait la reconversion à l’agriculture biologique et l’Institut viti-vinicole a également commencé les premiers essais de viticulture biologique. Il convient de souligner les résultats positifs des essais avec des agents de renforcement pour végétaux, des préparations à base de cuivre, des variétés résistantes aux champignons ainsi que des applications par hélicoptère. En 2011, ces essais ont été intensifiés. Depuis, l’accent est mis sur les essais phytosanitaires et les tests d’aptitude à la culture de cépages résistants aux champignons.
Depuis 2012, l’IBLA (Institut fir biologësch Landwirtschaft an Agrarökologie Luxemburg) propose un conseil viticole biologique personnalisé. La même année, les «Domaines Vinsmoselle» ont entamé la reconversion d’environ 5 hectares de vignobles situés sur les terrasses remembrées de la section Langsur de la commune de Mertert. En 2022, 22 exploitations viticoles représentant environ 97 hectares étaient soit en cours de reconversion, soit déjà certifiées bio au Luxembourg. Cela correspond à 7,8 % de la superficie totale du vignoble luxembourgeois.
Protection phytosanitaire
Aperçu
La protection de la vigne en viticulture biologique exige d’autant plus de compétences techniques qu’en viticulture conventionnelle. Tous les produits phytopharmaceutiques sont exclusivement des produits à effet préventif. Par conséquent, la protection de la vigne en viticulture biologique représente un grand défi. La fréquence moyenne de traitement en viticulture biologique est de 10 applications par an, les préparations à base de cuivre, de soufre et de carbonates étant les plus utilisées. Le cuivre est appliqué à des doses réduites de 100 à 400 g de cuivre pur par hectare, en fonction de la végétation et des conditions météorologiques.
De nombreux agents de renforcement pour végétaux sont utilisés en viticulture biologique. Il s’agit de produits qui augmentent les défenses naturelles de la plante.
Modèles de prévision
En viticulture biologique, la protection de la vigne doit faire l’objet d’une attention plus soutenue qu’en viticulture intégrée. Tous les produits de protection de la vigne en viticulture biologique, à l’exception des carbonates, ont un effet exclusivement protecteur et doivent toujours être appliqués de manière préventive, ce qui implique la nécessité de bien connaître les conditions d’infection des différentes maladies en fonction des conditions météorologiques. Pour lutter contre les maladies fongiques que sont le péronospora (le mildiou) et l’oïdium, il est recommandé de recourir régulièrement aux services de prévision VitiMeteo pour le péronospora, l’oïdium et le black-rot des 6 stations météorologiques.
Recommandations pour la protection de la vigne
Dans les bulletins de protection de la vigne publiés régulièrement par l’Institut viti-vinicole, des recommandations sont données sur les produits phytosanitaires et les agents renforçants de plantes en viticulture biologique.
De plus, vous trouverez ici l’état actuel des autorisations de mise sur le marché des produits phytosanitaires en viticulture biologique :
Il n’existe pas de telle liste pour les agents de renforcement des plantes, car ils n’entrent pas dans la catégorie des produits phytosanitaires. Les préparations utilisées doivent cependant être conformes au règlement européen sur l’agriculture biologique. Les directives des associations d’agriculteurs bio peuvent exclure certains fortifiants des plantes ou en limiter l’utilisation. Veuillez-vous informer à ce sujet auprès de votre fédération compétente (p.ex. Bio-Lëtzebuerg, Demeter, ...) ou auprès de l’ASTA, service de l’agriculture biologique.
Subventions et conseils
Base juridique
La législation européenne relative à l’agriculture biologique définit précisément la manière dont les produits agricoles et alimentaires étiquetés en tant que produits biologiques doivent être produits. Les règlements européens suivants s’appliquent à l’agriculture biologique en Europe :
- Règlement (UE) 2018/848 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2018 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques, et abrogeant le règlement (CE) no 834/2007 du Conseil ;
- Règlement d’exécution (UE) 2021/1165 de la Commission du 15 juillet 2021 autorisant l’utilisation de certains produits et substances dans la production biologique et établissant la liste de ces produits et substances (Texte présentant de l’intérêt pour l'EEE) ;
- Règlement (CE) n° 1235/2008 de la Commission du 8 décembre 2008 portant modalités d’application du règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil en ce qui concerne le régime d’importation de produits biologiques en provenance des pays tiers.
Au niveau du droit privé des associations d’agriculteurs biologiques, il existe des obligations supplémentaires en matière de viticulture et de vinification, qui sont encore plus strictes que la législation européenne.
Certification et contrôle
Tout au long de la chaîne de processus, du vignoble à la cave et à la vente au client final, les produits bio sont examinés selon un système de contrôle défini par le règlement européen (UE) 2018/848.
Au moins une fois par an, les opérateurs économiques (producteurs, transformateurs, distributeurs, importateurs) sont contrôlés par un organisme de contrôle privé agréé par le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture.
Conversion
En principe, les exploitations intéressées entament la reconversion à l’agriculture biologique sur l’ensemble de leur exploitation dans un certain délai (3 ans; exceptionnellement 5 ans).
Les risques liés à la reconversion peuvent néanmoins être minimisés par une reconversion partielle ou répartis sur une période plus longue. Pour la viticulture, il est possible de ne reconvertir qu’une partie des vignobles d’une exploitation. Cette reconversion partielle doit toutefois concerner la totalité de la surface des cépages à reconvertir, c’est-à-dire qu’il reste interdit au viticulteur de cultiver un même cépage à la fois en bio et en conventionnel.
Conseils
- La viticulture biologique demande plus de temps que la viticulture conventionnelle. La main-d’œuvre disponible sur l’exploitation devrait permettre une gestion plus intensive en temps, notamment pour la protection phytosanitaire.
- Il convient de clarifier au préalable s’il y a une demande de la part des clients de l’exploitation viticole
- Prévoir une réserve financière pour la période de conversion. Pendant cette phase, le rendement peut fortement chuter en raison du passage de la fertilisation minérale à la fertilisation organique.
Subventions
pour la conversion :
- viticulture : 2.500 €/ha/an
pour le maintien :
- viticulture : 1.500 €/ha/an
pour le conseil en viticulture biologique :
- pré-conversion conseil initial pour exploitations conventionnelles : 1.000 € / 100 %
- pré-conversion intensive pour les exploitations conventionnelles : 2.000 € / 100 %
- conversion pour les exploitations en conversion : 2.000 € / expl. et par an de conversion
- appui technico-économique et réglementaire aux agriculteurs engagés en agriculture biologique : 2.400 € / expl. et par an
- méthodes de viticulture biologique pour les exploitations conventionnelles souhaitant des conseils autour de ces méthodes de production : 600 € / expl. et par an
Conditions d’éligibilité
- Les dispositions légales doivent être respectées (voir « Base juridique »).
- Le chef d’exploitation doit être un agriculteur actif.
- L’utilisation de la méthode de confusion contre les vers de la grappe (méthode confusionnelle) est obligatoire dans les vignobles à rendement.
Entretien du sol
Évaluation du sol au moyen du diagnostic à la bêche
Le diagnostic à la bêche est une mesure très importante pour connaître l’état d’un sol. Cette méthode donne des indications sur :
- les horizons de compaction,
- l’intensité de l’enracinement (enherbement),
- la taille, la structure et la répartition des agrégats du sol,
- la proportion de racines fines et de nodosités (des légumineuses),
- la répartition de l’humidité,
- le degré de décomposition de la matière organique incorporée.
Le diagnostic à la bêche doit être réalisé environ au milieu d’un rang de vigne enherbé. À l’aide de deux bêches plates, on prélève dans le sol un bloc de terre d’au moins 10 cm d’épaisseur. La bêche plate est d’abord enfoncée verticalement dans le sol. Ensuite, elle est dégagée d’un côté avec la bêche de jardin. De l’autre côté, on creuse un sillon dans le sol de part et d’autre de la bêche plate. Ensuite, la bêche plate est retirée du bloc profilé et remplacée par la bêche de jardin. La bêche plate est délicatement enfoncée dans le sol 10 à 15 cm après le premier trou. Enfin, l’échantillon est retiré de la fosse en le faisant basculer par-dessus le bord et est déposé sur deux supports. L’évaluation du diagnostic de la bêche peut alors commencer à l’aide des critères mentionnés ci-dessus. Sur un tel échantillon, il est facile de voir si un sol n’est que peu enraciné et donc compacté. Un signe typique est un sol qui se brise en forme de motte. D’un autre côté, un sol régulièrement enraciné présente une structure grumeleuse. Pour obtenir une meilleure information sur l’état du sol dans un vignoble, il convient de répéter l’essai à la bêche à plusieurs endroits.
Travail mécanique du sol
Une fois que l’état actuel du sol a été déterminé par le test à la bêche, des mesures ciblées de travail du sol peuvent être mises en place en fonction des besoins. Les sols compactés doivent être travaillés en profondeur à l’aide d’un cultivateur. Cet outil permet d'obtenir un ameublissement sans mélanger sensiblement la stratification du sol. En effet, la couche d’humus ne doit pas être enfouie par le retournement du sol. C’est pourquoi le travail du sol doit être effectué selon la devise: « retourner à plat, ameublir en profondeur ». Cette mesure permet d’obtenir les propriétés suivantes :
- ameublissement physique et aération du sol,
- élargissement de l’espace du sol vivant pouvant être traversé par les racines,
- stimulation de la minéralisation et accélération de la décomposition de l’humus.
Après cette mesure d’ameublissement du sol, il est possible de semer une couverture végétale. Mais avant cela, le sol doit être finement émietté à l’aide d’une herse rotative ou d’une fraise pour la préparation du lit de semences. Grâce aux racines fines de l’enherbement, le sol acquiert une structure grumeleuse et un précieux humus nutritif est produit à partir des processus de décomposition des organismes vivants du sol. On peut également opter pour un enherbement alterné, c’est-à-dire que des lignes ouvertes et des lignes enherbées se succèdent. L’avantage d’un sol ouvert est qu’il réduit la concurrence de l’eau avec la vigne, ce qui est particulièrement utile dans les endroits secs. De plus, un sol ouvert se réchauffe mieux et il en résulte une plus grande force de croissance lors du débourrement de la vigne. D’un autre côté, un sol ouvert présente un risque d’érosion accru. De plus, un sol ouvert se dessèche plus rapidement et des tassements se produisent souvent en cas d’humidité importante.
Si l’on décide de maintenir une allée sur deux ouverte, il est très important d’ameublir régulièrement le sol afin de créer des cavités qui laissent passer l’air et l’eau. Sans cette mesure, des horizons de compactage se forment, qui entraînent ensuite une érosion accrue en cas de pluie, car l’eau de surface ne peut plus s’infiltrer dans le sol. Les compactages causés par les passages de tracteurs sont également éliminés.
Gestion de l’enherbement
L’enherbement constitue le pilier de l’écosystème viticole. Les différentes stratégies d'enherbement dépendent du site, de la saison et des influences souhaitées sur l’état du sol et son degré d’alimentation.
Enherbement annuel (enherbement à temps partiel en été ou en hiver)
Dans le cas de l’enherbement à temps partiel, une allée sur deux est semée d’un couvert végétal pendant une période donnée, puis laissée ouverte. L’autre allée est généralement ensemencée avec une végétation de longue durée. Au bout d’un certain temps, il convient de passer d’une allée à l’autre pour éviter les tassements.
Pour l’enherbement à temps partiel, on distingue l’enherbement d’été et l’enherbement d’hiver :
- L’enherbement d’été est semé au printemps (au plus tard en avril) dans l’allée ouverte. Les semences suivantes peuvent être utilisées comme mélange pour un enherbement d’été : Phacélie, sarrasin et légumineuses comme le pois fourrager, le trèfle d’Alexandrie et le trèfle incarnat. Sur les sols maigres et à faible croissance, il convient de choisir un mélange présentant une forte proportion de légumineuses. Les espèces de légumineuses les plus adaptées sont la féverole, le pois et la vesce de printemps. En revanche, la part de légumineuses peut être réduite sur les cultures à forte croissance. Les enherbements d’été ne sont généralement pas hivernants, car ils meurent avec les premières gelées.
- L’enherbement hivernal convient aux sites où les précipitations estivales sont faibles. Dans l’allée ouverte, un enherbement hivernal est semé à partir du mois d’août. Cette ligne est ensuite retournée en avril/mai. L’enherbement hivernal ne doit en aucun cas être enfoui trop tard, car cela pourrait entraîner une poussée d’azote indésirable dans les grappes juste avant le début de la maturation. Les mélanges contenant des légumineuses hivernantes conviennent à l’enherbement hivernal : Vesce d’hiver (15 kg/ha), seigle d’hiver (30 kg/ha) et pois d’hiver (30 kg/ha) lors du semis d’une ligne sur deux. L’enherbement hivernal peut ensuite être retourné l’année suivante en avril/mai pour fournir à la vigne l’azote nécessaire. L’enherbement hivernal présente certains avantages, tant en été qu’en hiver. En été, les allées maintenues ouvertes permettent d’éviter le stress hydrique. En hiver, l’azote est mobilisé et le lessivage des nutriments est empêché.
Enherbement pluriannuel (enherbement permanent)
Dans le cadre d’un enherbement pluriannuel, on a souvent recours à un enherbement bisannuel. Celui-ci peut être semé en alternance sur une ligne sur deux. Par rapport à l’enherbement annuel, l’enherbement bisannuel permet un meilleur enracinement du sol et la formation d’un plus grand nombre de bactéries nodulantes fixant l’azote sur les racines des légumineuses. Pour l’enherbement permanent pluriannuel, il convient de semer le mélange Wolffs à raison de 15 kg/ha toutes les deux lignes (ce qui correspond à environ 40 kg/ha de surface totale). Il s’agit d’un enherbement polyvalent et riche en espèces. Le semis doit être effectué en mars/avril ou en août. La plupart des semences contenues dans le mélange Wolff sont pluriannuelles et vont des crucifères (moutarde, radis oléagineux) aux légumineuses en passant par diverses plantes à fleurs. L’ensemencement des plantes à fleurs sert notamment à favoriser les insectes utiles, tels que les insectes et les acariens prédateurs.
- Il est également possible de réaliser un enherbement de toute la surface tout au long de l’année. Un tel enherbement n’est toutefois recommandé que pour les sites présentant des précipitations estivales suffisantes et des sols profonds capables de retenir l’eau.
Enherbement alterné (enherbement rotatif)
Dans le cas de l’enherbement rotatif, une allée est maintenue ouverte et l’autre est ensemencée avec un enherbement à temps partiel ou permanent. En fonction de l’évolution du sol ou de la vigne et de la proportion de plantes annuelles, bisannuelles ou vivaces dans le mélange, on alterne ensuite entre les allées. La ligne précédemment ouverte est ensemencée d’un enherbement et la ligne précédemment enherbée est retournée. L’alternance permanente d’une allée enherbée et d’une allée ouverte permet souvent de mieux gérer l’approvisionnement en azote et en eau que dans le cas d’un enherbement permanent pur.
Fertilisation du sol
Étant donné qu’en viticulture biologique, il n’est pas possible d’utiliser des engrais minéraux chimiques de synthèse à dissolution rapide, on attribue un rôle important à la formation d’humus. La formation d’humus dépend de l’apport de matière organique. Pour obtenir un apport suffisant d’humus, il est important d’effectuer un travail du sol correct. Le semis de mélanges d’enherbement et un labourage adapté aux besoins fournissent, au printemps, la matière organique nécessaire. Pour éviter une dégradation trop rapide de l’humus en viticulture biologique, il faut éviter de maintenir les sols ouverts en permanence. Le paillage des allées enherbées en été fournit en permanence de la matière organique. En cas de besoin, il est également possible d’apporter de la matière organique sous forme de compost végétal, de déchets verts et de fumier. Il convient de noter que l’apport de matière organique ne doit pas dépasser 170 kg d’azote total par an et par hectare. Cette réglementation et d’autres encore sont reprises ou davantage limitées par les associations bio (Demeter, label bio).
Lors de l’épandage de composts, les résultats d’analyses sur les teneurs en polluants doivent être présentés aux associations bio correspondantes.
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